Parcours spirituel du Carême 2010 - 7 mars
CHOISIR : Marcher à la suite de Moïse
Textes de référence : Exode 3, 1-15
Moïse gardait le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à l'Horeb, la montagne de Dieu. L'ange du Seigneur lui apparut au milieu d'un feu qui sortait d'un buisson. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour pour venir regarder, et Dieu l'appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N'approche pas d'ici ! Retire tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte! Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. Le Seigneur dit à Moïse : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselant de lait et de miel, vers le pays de Canaan. Et maintenant, va ! Je t'envoie chez Pharaon : tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. » Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d'Égypte les fils d'Israël ? » Dieu lui répondit : « Je suis avec toi. Et voici à quel signe on reconnaîtra que c'est moi qui t'ai envoyé : quand tu auras fait sortir d'Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. » Moïse répondit : « J'irai donc trouver les fils d'Israël, et je leur dirai : 'Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous.' Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël :'Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : JE-SUIS.' » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : 'Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est YAHVÉ, c'est LE SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob.' C'est là mon nom pour toujours, c'est le mémorial par lequel vous me célébrerez, d'âge en âge.
Deutéronome 30, 15-20
Je te propose aujourd'hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur.
Écoute les commandements que je te donne aujourd'hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. Mais si tu détournes ton cœur, si tu n'obéis pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je te le déclare aujourd'hui : certainement vous périrez, vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre dont vous allez prendre possession quand vous aurez traversé le Jourdain. Je prends aujourd'hui à témoin contre toi le ciel et la terre : je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c'est là que se trouve la vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.
Enseignement
Nous commençons notre série de dimanche par le thème « choisir ». Il ne s’agit pas ici de chercher des méthodes infaillibles de discernement, des « trucs » pour mieux avancer. Il s’agira bien plutôt de nous mettre dans les pas de ceux qui nous ont précédés sur ce chemin vers Dieu, sur ce chemin d’une quête jamais finie, toujours en mouvement : quête qui touche chaque instant de notre vie, chaque jour, chaque minute si nous voulons bien y prêter attention.
Pour cela, nous allons simplement nous pencher sur le texte que la liturgie nous propose en ce 3ème dimanche du Carême : le buisson ardent.
Nous allons écouter l’appel de Dieu et la réponse de l’homme ; mais aussi, d’une certaine façon, l’appel de l’homme et la réponse de Dieu. Nous entrons dans un dialogue étonnant, surprenant, unique entre le Dieu trois fois saint et sa créature. Dialogue qui entraîne des choix : le choix de Dieu posé sur Moïse et le choix de Moïse, d’une certaine façon, posé sur Dieu. Regardons donc de plus près cette merveilleuse rencontre.
Le lieu de la révélation :
« Moïse gardait le troupeau » : visiblement une activité ordinaire, simple, qui devait se répéter chaque jour. Une activité banale, quotidienne. Ainsi Dieu ne vient pas le chercher dans des conditions particulières, exceptionnels. Il n’attend pas que Moïse soit dans une période mystique, dans un lieu adéquat : temple, église, chapelle….etc
« au-delà du désert » : il s’agit ici de voir au-delà cependant de ce quotidien, quotidien qui peut parfois ressembler à un désert… Il s’agit d’apercevoir la montagne Sainte, montagne dont Moïse n’avait pas connaissance. C’est une invitation à choisir d’habiter en présence de Dieu au cœur même de notre quotidien : poser des petits actes de foi parfois tout simples qui mettent en présence de Dieu. Choisir d’habiter, de vivre en Dieu…. Comment ?
Le choix du regard :
« apparut au milieu d’un feu qui sortait d’un buisson » ; « le buisson brûlait sans se consumer » : Dieu est présent à Moïse ici, mais dans une réalité qui nous trouble, qui nous étonne, qui sort de nos habitudes. Dieu se présente bien comme le Tout Autre. Il nous faut donc une attention redoublée pour le percevoir. D’autant plus que sa façon d’habiter est à la fois infiniment étonnante et pourtant aussi infiniment respectueuse de tout notre être…. Un feu qui ne consume pas le buisson…. qui respecte l’être que nous sommes. Nous sommes habités par Dieu sans être détruit par Lui, au contraire !
« Moïse regarda » : s’il y a un mot sur lequel s’arrêter ici dans le texte s’est bien celui-ci : regarda. Voilà peut-être la clé de beaucoup de choses. Moïse ne se contente pas de voir, il regarde = « faire en sorte de voir, s’appliquer à voir, considérer, examiner, inspecter, observer, scruter » nous dit le Petit Robert. Quelle place laissons-nous à notre regard dans notre vie spirituelle ? Vers quoi se tourne-t-il ? Vers quoi choisissons-nous de le tourner ? Vers qui ? Dans quelle mesure est-il libre de choisir… ? A force d’être captivé par tant d’images, est-on capable de cette attention de Moïse ? Il ne s’agit pas d’ailleurs ici de sanctifier Moïse… son attention est tout aussi bien une curiosité. Mais sommes-nous curieux des choses de Dieu ?
Ce n’est que grâce à cette attention soutenue que Moïse voit le signe : un buisson qui brûle sans se consumer.
« faire un détour » : Moïse alors va plus loin encore, il passe un cran au-dessus, si j’ose dire ; un cran supplémentaire dans son choix de voir. Il ne fait pas que constater, mais il cherche à comprendre. Quelle place est-ce que je donne à mon intelligence dans le choix de me tourner vers Dieu ? Est-ce que je reste au sensible, à l’apparence de ce buisson, à la chaleur de ce feu ? Ou est-ce que je mets en branle mon intelligence pour chercher à aller plus loin dans ma recherche ? Il ne s’agit pas tant ici de sentir que de comprendre : prendre avec soi … « pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »
Quel va être ce détour pour moi ? … quel chemin me faut-il emprunter ?
Prière, action, service, études de la Bible, cours de théologie…
La réponse de Dieu… si j’ose dire « Le Seigneur vit… » et l’appel de Dieu
Un appel qui nous précède toujours et qui attend de notre part une réponse. Dieu appelle Moïse qui répond immédiatement présent ! Quelle disponibilité ai-je ? Serai-je aussi rapide que Moïse ? « Me voici ». Mais pour cela il faut déjà commencer par entendre cet appel et se mettre dans de bonnes dispositions qui ne sont jamais pourtant idéales. Les dispositions de Moïse étaient simplement d’être présent à Dieu dans son quotidien, rappelons-nous. Son détour l’a rapproché de Dieu qui voit ses efforts : voilà la réponse de Dieu ici.
Mais la simple réponse de Moïse ne suffit pas. Il lui faut maintenant se mettre dans les conditions pour rencontrer Dieu, chercher à le connaître encore plus profondément. Nous pouvons percevoir ce mouvement de Moïse à travers deux gestes :
- « retire tes sandales » : qu’est-ce que je choisis de retirer de moi pour m’ouvrir à la rencontre ? Quels obstacles devraient tomber en moi pour vivre cette rencontre ?
- « se voila le visage » : qu’est-ce que je choisis de purifier en moi pour toucher Dieu en vérité ? Geste de Moïse qui marque son sentiment de respect vis-à-vis de Dieu. Il voile son regard car il ne se sent pas digne de poser les yeux sur Dieu.
Cette transformation que veut vivre Moïse, nous pouvons nous sentir également appeler à la vivre. Une telle transformation est nécessaire car il s’agit bien de rencontrer la Vie même : « un buisson qui ne se consume pas ». Moïse voit la Vraie Vie qui donne vie sans détruire. Il s’agit même ici de la Vie éternelle puisque Dieu se nomme « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob ». Il s’agit bien ici du Dieu des vivants et non pas de morts.
Toute notre vie tend vers cette rencontre de la Vraie Vie. C’est un appel quotidien de Dieu dans nos existences : vivre de la vie même de Dieu. Nous avons à faire le choix de cette vie de Dieu en nous. Allons voir le texte que la liturgie propose le jeudi après les Cendres : Deutéronome 30,15-20 : « Je te propose aujourd’hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. »
La réponse de l’homme : le choix
Quelle réponse aie-je envie ou suis-je capable de poser face à cette invitation du Deutéronome ? Suivre le chemin de la vie certes, mais comment ? A y regarder de plus près le texte y répond par quatre verbes :
- aimer le Seigneur
- marcher dans ses chemins
- garder ses ordres, ses commandements, ses décrets
- écouter sa voix
M’engager dans cette voix, c’est atteindre « une terre spacieuse et fertile » et ainsi sortir du désert où Moïse fait paître son troupeau. Mais dans quelle mesure suis-je dans le mouvement de l’amour, de la marche, de l’écoute ? Quels sont les actes concrets que je puis poser pour m’engager plus avant ?
Le texte du buisson ardent nous donne une nouvelle piste à suivre…
« Qui suis-je pour aller… ? » Voilà bien un frein réel qui empêche Moïse d’avancer, d’aller… Dieu ne va pas s’arrêter là pour autant. Il ne s’agit pas en effet de se regarder mais de tourner son regard vers le Père, vers Dieu. Ce fût d’ailleurs là le premier mouvement de Moïse au début de notre texte : « regarda ». Il est évident qu’en regardant nos faibles forces, nous aurons vite tendance à penser que nous sommes incapables d’avancer, que la tâche est bien trop grande pour nous… Pensez-donc ! « tu feras sortir mon peuple d’Egypte »… « je t’envoie chez pharaon »… Il y avait de quoi y réfléchir à deux fois ! Dieu répond à l’angoisse de Moïse, tourné vers lui-même, en lui faisant à nouveau opérer une sorte de détournement du regard : « Je serai avec toi ». Il lui demande de poser l’acte le plus fondamental, celui de la foi, celui de la confiance. Dieu nous demande peut-être cette « petite » décision intérieure décisive durant ce temps de Carême : choisir en tout la confiance ou, autrement dit, laisser Dieu agir en ma vie.
Dieu ne fait bien que ce qu’on lui abandonne. Ayons foi en Lui. Laissons-nous guider par son Amour. Il est avec nous sur le chemin qui mène vers Pâques. Il est la Vie : « Je suis celui qui suis. » Dire « je », c’est parler. Dieu se révèle comme Celui en qui être et parler ne font qu’un. La Parole est Vie, qui brûle sans se consumer.
Il avait besoin d’un chef pour conduire son peuple ;
Il choisit un vieillard. Alors Moïse se leva.
Il avait besoin d’un roc pour fondement de l’édifice ;
Il choisit un renégat. Alors Pierre se leva.
Il avait besoin d’un visage pour dire aux hommes son amour ;
Il choisit une prostituée. Ce fut Marie de Magdala.
Il avait besoin d’un témoin pour crier son message ;
Il choisit un persécuteur et Paul de Tarse se leva.
Il a toujours besoin d’un homme pour que son peuple se rassemble ;
Il t’a choisi et si tu trembles, pourrais-tu ne pas te lever ?






