Communauté apostolique Saint-François-Xavier

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Le père Jacques Sommet sj, un ami

Jacques-SommetTémoignage de Christiane Conturie, 27 octobre 2012

Quand je suis arrivée, rentrant d’Afrique, en septembre 1980, dans la communauté qui animait le lycée Charles-Péguy de « la République », le père Jacques Sommet venait une fois par mois. Les rencontres se déroulaient selon le même rituel : réunion avec lui autour d’une table (nous étions une dizaine) pour un temps d’enseignement et d’échange, puis célébration eucharistique et dîner convivial. J’en garde le souvenir de soirées passionnantes qui nous encourageaient dans notre mission et nous donnaient toujours à réfléchir.

 

J’étais toujours impressionnée qu’une personnalité d’une telle envergure prenne du temps, et semblait-il du goût, à passer ces soirées - rendez-vous réguliers fixés chaque fois agenda en main - avec une communauté d’éducatrices vouées à des tâches qui me semblaient bien modestes

Il nous parlait de ses contacts avec des jésuites du monde entier, en particulier de Chine, de Russie, du Liban, du Tchad … dont beaucoup avaient été ses anciens étudiants ou condisciples. Pays marqués par la persécution contre les chrétiens, par la guerre ou la pauvreté. Il revenait de voyages au cours desquels il avait donné des cours et fait de multiples rencontres. Il exerçait un apostolat intellectuel, qui se situait au plus vif des grands enjeux de notre temps et qui le passionnait. Il nous ouvrait une grande fenêtre sur le monde.

Peu à peu, nous l’avons entendu nous parler de son expérience de résistant, de la déportation à Dachau, des compagnonnages exceptionnels qu’il y avait vécus, mais aussi de ce choix radical le jour où il avait accepté d’être sur la liste de ceux qui étaient prêts à rendre visite au malades du typhus : expériences qu’il a relatées dans son livre « L’honneur de la liberté » pour répondre à la demande de témoignage qui lui était adressée. Dans la foulée, il a plusieurs fois donné son témoignage devant nos élèves.

Le dialogue avec les incroyants lui tenait particulièrement à cœur. Il nous parlait régulièrement du travail fait autour de la revue « Incroyance et foi ». Sa réflexion sur « la mission  aux frontières » m’a particulièrement frappée et aidée. J’étais souvent déstabilisée par la résistance que nous rencontrions, dans le milieu que nous touchions par cette école ouverte à tous dans l’est parisien : des jeunes, bien sympathiques par ailleurs, se fermaient dès qu’on abordait des questions religieuses : indifférence, ignorance, peur d’être récupérés ? Nous ressentions vivement les résistances d’une société sécularisée semblant se passer fort bien de Dieu. Le père Sommet croyait à notre mission d’éducatrice en plein vent, travaillant aux frontières de l’Eglise. Même si les gens ne fréquentent plus les paroisses, disait-il, il est essentiel qu’ils rencontrent des chrétiens sur les lieux de vie qui leur sont naturels. Pour témoigner de l’Evangile, l’important est de rejoindre chacun dans ce qui lui tient le plus à cœur. Qu’est-ce qui est plus précieux pour des parents que leurs enfants ? Et pour des jeunes que de construire leur avenir ? Ces paroles m’ont éclairées sur la nature de notre présence « missionnaire » au cœur d’une grande ville comme Paris.

Les dernières années de sa vie parisienne, le père Sommet est venu moins souvent, mais nous avons eu jusqu‘au début des années 2000 quelques bonnes rencontres avec lui. Il était très amical, affectueux même. Avec son appareil de photo il essayait de capter ces moments de précieuse amitié. Sa surdité le gênait de plus en plus pour suivre la conversation, mais d’un merveilleux sourire il interrogeait « Eh ? » quand il perdait le fil, et nous lui redisions lentement de quoi il s’agissait. Ses jambes ne le portaient plus guère non plus, mais il gardait un petit humour savoureux avec lui-même ! Je le revois dans son fauteuil roulant à Lourdes lors de la grande rencontre ignatienne, affectueux, accueillant, détaché de lui-même, intensément présent dans sa foi.

Quel honneur nous a été fait d’avoir un tel maître, un tel ami !

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